"L'orange est constituée par une série de
containers modulés en forme de quartiers disposés
circulairement autour d'un axe central sur lequel chaque quartier
appuie par son arête rectiligne, tandis que toutes les
arêtes courbes tournées vers l'extérieur
proposent comme forme globale une sorte de sphère."
"L'ensemble de ces quartiers est recueilli dans un emballage
très caractérisé tant sur le plan de la
matière que sur celui de la couleur : assez dur sur la surface
extérieure et revêtu d'un rembourrage souple
intérieurement qui sert de protection entre l'extérieur
et l'ensemble des containers. Le matériau est partout de
même nature mais se différencie opportunément au
niveau de la fonction. Chaque container est à son tour
constitué par une pellicule plastique nécessaire pour
contenir le jus et facilement détachable de l'ensemble. Chaque
quartier est maintenu par un très faible adhésif.
L'emballage selon l'habitude actuelle n'est pas à rendre au
fabricant et peut être jeté. Chaque quartier
épouse exactement la forme de la denture humaine, ce qui fait
qu'une fois sorti de l'emballage on peut l'appuyer entre les dents et
en extraire le jus par une légère pression."
"D'habitude les quartiers contiennent en plus du jus une petite
graine de la plante qui a produit le fruit. Un petit cadeau que la
production offre au consommateur pour le cas où celui-ci
désirerait avoir une production personnelle de ces objets. Il
faut remarquer le désintérêt économique
d'une telle idée, et par contre le lien psychologique qui
s'établit ainsi entre le consommateur et la production.
Personne ou en tous cas très peu de gens commenceront alors
à semer des orangers, mais l'offre de ce cadeau hautement
altruiste, l'idée de pouvoir le faire, libère le
consommateur du complexe de castration et établit un rapport
de confiance autonome et réciproque."
"L'orange est donc un objet presque parfait où l'on
retrouve l'absolue cohérence entre la forme, la fonction et la
consommation. Seule concession décorative si l 'on peut dire :
la recherche de la matière à la surface de l'emballage,
traitée en "épluchure d'orange", peut-être pour
rappeler la pulpe à l'intérieur des containers. De
toute façon, c'est un minimum de décoration
parfaitement justifié, il faut bien le
reconnaître."
Bruno Munari
Les arbres fruitiers ont joué un grand rôle dans les
mythologies. Le verger de pommiers est le séjour des dieux et
des héros dans la mythologie celtique (Avallon vient du nom
celte du pommier, aval). Dans certaines versions de
l'épopée des Nartes au Caucase, le héros Sosryqo
fait tomber d'un coup de flèche une étoile qui apporte
un peu de chaleur, comme on ferait tomber une pomme d'un arbre. Au
Moyen-Orient, le verger de pommiers et le parfum des pommes sont des
thèmes favoris de la poésie persane.
On retrouve cette symbolique de l'arbre qui fait communiquer le
ciel et la terre en Perse avec le mythe du paradis. Aux
côtés du figuier, du grenadier, de la vigne, on devait
commencer à y trouver les premiers agrumes arrivés
d'Asie du Sud-Est, et l'on comprend que cela ait fasciné les
peuples nomades du Proche-Orient.
Qu'il soit situé au Caucase ou en Perse, le mythe du
jardin merveilleux s'est répandu dans toute la
Méditerranée, les pommes d'or du jardin des
Hespérides grec faisant écho au conte maghrébin
sur le jardin de Bent Al-mansour au-delà des mers.
Plus au sud, dans la zone des oasis, il faut mentionner le
malper-dattier, arbre à tout faire dont la sexualité
est connue depuis Babylone, et à qui l'on attribuait de ce
fait une nature spéciale, intermédiaire entre les
plantes et les animaux.
Le Grand livre des Fruits et Légumes aux Editions La
Manufacture de Daniel Meiller et Paul Vannier